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Dialogue national pour désamorcer le piège M23

26/06/2013

Les concertations nationales se font toujours attendre
RDC piégée par la Communauté Internationale

Pendant ce temps, le M23, fort des richesses qu’il contrôle à Rutshuru, ne semble pas pressé de conclure Kampala.
Une promesse faite le 15 décembre 2012, devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès, tarde toujours à s’accomplir. Il s’agit de Concertations nationales pour les uns et du dialogue national pour les autres. Prévue pour le début du mois, la tenue de ce cadre d’échanges semble se prolonger. Six mois après, soit à quatre jours de la fin du mois de juin, rien de concret en dehors d’éternelles supputations parties d’abord de janvier, ensuite mars et mai et, enfin, juin. Maintenant, on parle encore du mois de juillet comme s’il était simplement question d’une première promesse. Qu’est-ce qui bloque finalement les concertations nationales ? Voilà la question. Surtout lorsqu’on sait qu’à Kampala, les choses ne paraissent pas non plus marcher, en dépit des pressions de la communauté internationale qui a poussé la RD Congo à regagner la table des négociations.

Six mois après la promesse du chef de l’Etat congolais, les concertations nationales demeurent toujours au point mort. Jusqu’à ce jour, en dehors des supputations, aucune date n’a encore été avancée. Même les sources généralement bien informées commencent à manifester leur essoufflement après plusieurs essais. Car, initiateur de cette rencontre, le Raïs n’a pas encore fixé l’opinion sur la tenue effective de ce cadre d’échanges au point qu’on ne sait même plus si, dans son entendement, cette rencontre demeure d’actualité. En tout cas, jusque-là, aucune indication précise. Certains responsables des partis de l’Opposition, qui avaient mordu à l’hameçon dès l’annonce du président de la République au Congrès, ne semblent pas, eux aussi, savoir si le fameux dialogue se tiendra comme promis. En clair, rien de précis. Ce qui laisse libre cours aux supputations de toutes sortes.

L’AMBIGUITE DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE

Est-ce l’obligation faite à la RDC de retourner à la table des négociations à Kampala qui serait à la base des hésitations constatées jusque-là ? Le débat reste ouvert sur ce point. C’est là que bon nombre d’observateurs soutiennent que le président Joseph Kabila donne l’impression d’être bloqué par la communauté internationale. La même qui, à travers la résolution 2098 du Conseil de sécurité des Nations unies qualifiait le mouvement rebelle soutenu par le Rwanda de « force négative » à éradiquer par la Force internationale sous l’égide de la Monusco. Ce qui contribuait à soutenir la thèse selon laquelle la Brigade spéciale internationale aurait pour mission de traquer toutes les forces négatives, y compris le M23. Ce qui, également, poussait à croire que le mouvement rebelle opérant au Nord-Kivu était désormais «fin mandat» aux yeux de la communauté internationale.

Mais, quelque temps seulement après, comme pour voler au secours du Rwanda qui tenait à protéger le M23, la même communauté internationale renonçait à l’option militaire privilégiée par la résolution 2098 au profit de la solution politique soutenue par Kigali. Plus de doute possible sur la question. La fameuse communauté internationale, surtout occidentale, a décidé d’éviter l’humiliation au M23 et à son mentor Kigali. Il n’est donc plus question d’éradiquer ce mouvement rebelle dont certains responsables ont même été fichés, mais d’aider les rebelles à obtenir gain de cause à travers des accords leur permettant d’assurer leurs arrières. C’est apparemment cette démarche qui bloquerait la tenue d’un dialogue permettant à Joseph Kabila de battre le rappel des troupes au profit de la cohésion nationale tant attendue par les Congolais.

MIEUX VAUT UN DIALOGUE NATIONAL QUE DES POURPARLERS-PIEGE

Mais, pourquoi après les accords d’Addis-Abeba et la résolution 2098 du Conseil de sécurité des Nations unies, la communauté internationale revient-elle sur ses pas en proclamant, par la bouche même de Ban Ki-Moon, une option politique au détriment de celle militaire déjà votée ? Pour nombre d’observateurs, cette marche-arrière tend à piéger la RD Congo en vue de sauver le Rwanda. Pourtant, ce pays a été abondamment cité dans le rapport de l’ONU pour son soutien multiforme au M23. Logiquement, plutôt que de ressembler à un mouton face à la communauté internationale, la RDC devrait au contraire anticiper. D’ailleurs, comme le M23 ne semble plus pressé d’en finir avec les pourparlers de Kampala parce qu’il contrôle d’importantes richesses à travers le territoire de Rutshuru, c’est l’occasion d’abattre la carte interne, c’est-à-dire de convoquer officiellement les Concertations nationales tant attendues par l’Opposition, la société civile et la Majorité.

Dès lors, si les rebelles se considèrent comme de vrais Congolais, il leur reviendra d’accepter de siéger aux côtés de leurs compatriotes pour décliner leur cahier de charges. Mais, ils devront, au préalable, expliquer pourquoi ils ont pris les armes contre leurs frères et sœurs et aussi pourquoi on dénombre tant de morts, de blessés, de femmes violées et de cas de viols. Car, s’il faut suivre le même schéma ayant conduit à la récompense attribuée en son temps aux membres du CNDP de Laurent Nkunda, la RDC ne cessera pas de sitôt de danser une musique composée par Kigali avec le soutien de la communauté internationale qui, à travers des multinationales, a beaucoup d’intérêts à protéger. Mieux vaut donc un dialogue national que des pourparlers-piège, soutiennent la plupart des observateurs. Il revient au Raïs de savoir saisir la perche en anticipant pour éviter de subir les évènements.

M. M.
Forum des As