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Urgence de se rassembler sur un projet politique visionnaire et fédérateur

21/07/2013

La malédiction permanente ?

Avec la fin de la guerre froide et l’avènement de la mondialisation libérale, la puissance des Etats repose sur deux piliers : l’économique et le culturel.

Or, avec ses immenses ressources minières et naturelles, la RD Congo dispose de tous les atouts nécessaires pour devenir l’une des principales puissances économiques du continent. D’un point de vue culturel, la RD Congo rayonne, c’est-à-dire que les artistes de ce pays réussissent l’exploit de faire chanter et danser toute l’Afrique. Sur le plan intellectuel, d’éminentes personnalités telles que Nudimbé, Ngandakashuma, Tshiyemdé, Kä Mana, Mbokolo, font la fierté du peuple congolais, voire des jeunes générations africaines. Quant au peuple congolais lui-même, il est gai, jouisseur, religieux, inventif, etc.

Pourtant, et malheureusement, la RD Congo est, de nos jours, la terre par excellence des graves désillusions de la guerre froide. Depuis une semaine, au Sud-Kivu, les combats ont repris entre l’armée congolaise et les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda et l’Ouganda, deux Etats qui n’ont aucun débouché maritime et qui convoitent, voire pillent les ressources de la RD Congo pour bâtir leur développement. Mais chose étrange, Kigali accuse les forces onusiennes de bombarder les villages rwandais, et surtout de soutenir les rebelles hutus, anciens génocidaires réfugiés sur le sol congolais.
Derrière les affrontements armés actuels, se cache, en vérité, en RD Congo, une abyssale crise de leadership

En vérité, le régime Kagamé n’a jamais digéré les multiples rapports onusiens le mettant directement en cause dans l’instabilité chronique qui règne au Kivu, notamment à Goma. Kagamé se venge donc de l’ONU, dont il a toujours dénoncé la passivité criminelle et coupable durant le génocide perpétré en 1994 contre les Tutsis du Rwanda. Entre l’ONU et le Rwanda de Kagamé, c’est une histoire faite de passions, de rancœurs et de ressentiments. Personne ne sait quand sonnera ici l’horloge de l’entente et de l’amour.
Cela dit, derrière les affrontements armés actuels, se cache, en vérité, en RD Congo, une abyssale crise de leadership. Le pays n’est plus du tout gouverné depuis la prise de pouvoir par le « jeune » Joseph Kabila.
La situation sociale et politique générale du pays est catastrophique. Kabila reste un président isolé dans son propre pays, coupé du vécu de son peuple. L’homme qui ne sait que faire parler ses « conseillers » et ses soi-disant « ministres », s’intéresse peu à la résolution des problèmes concrets du peuple congolais. C’est cette crise de leadership qui fait, au fond, le lit de ces violences armées répétitives dans le pays.

Actuellement, l’existence congolaise, sous Kabila, est absurde. La majorité de la population souffre de la pauvreté, et est plongée dans une terrible misère. Le peuple congolais souffre aussi d’une absence d’Etat ; ce qui accentue sa précarité existentielle.
Or, sans Etat, sans un minimum de justice sociale, la citoyenneté est impossible. A l’heure actuelle, le peuple congolais, avec Kabila, est le symbole de l’humanité africaine souffrante, comme si la souffrance était devenue sa seule énergie vitale.

Et, chaque Congolais continue à vivre sa vie comme Noé dans son arche, attendant, chaque jour, qu’un déluge s’abatte sur lui. Mais doit-on imputer la responsabilité de cette « malédiction » aux Congolais eux-mêmes ? Evidemment, il ne faut pas céder ici à la fatalité historique. Cela dit, le peuple congolais commence à comprendre que, pour être maître de sa propre destinée, il ne doit compter que sur lui-même. De plus en plus, il tourne le dos aux slogans attrape-tout inventés par les élites dirigeantes pour le divertir, incapables de se rassembler sur un projet politique fédérateur, visionnaire. Pour devenir un paradis économique et culturel, la RD Congo doit, très vite, créer les conditions morales et politiques de son redressement.
Ainsi, cela permettra au pays de sortir de cette « malédiction permanente » qui tend à faire de l’histoire congolaise, uniquement, une histoire de souffrance.
Le peuple congolais a besoin d’un Etat de droit qui considérera tous les Congolais comme des citoyens égaux devant la loi. Ainsi, la paix longuement attendue deviendra, non plus une possibilité, mais une réalité effective, c’est-à-dire qu’elle permettra à chaque Congolais de sortir de lui-même pour vivre pleinement son humanité.
Certes, la rédemption du peuple congolais relève de Dieu, mais le destin des Congolais dépend d’abord d’eux-mêmes. Car Dieu ne peut suppléer l’individu dans le travail qu’il doit être seul à accomplir.

Abdoulaye BARRO