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Lettre aux concertateurs de « KABILA »

22/09/2013

Lettre aux concertateurs de « KABILA »

Chers compatriotes participants aux concertations nationales,

Si vous êtes désireux de savoir ce que pensent les citoyens ordinaires de la noble mission qui est la vôtre et leurs anticipations quant à vos résolutions et recommandations, voici le point de l’un d’eux, un homme de la rue, un compagnon de M’ZEE LDK. Sans nullement avoir la prétention de nous ériger en donneur de leçon à la crème de notre crème siégeant à ces assises, nous nous permettons de dire avec modestie : s’il vous plait, n’oubliez pas ces quelques préoccupations à votre ordre du jour.

De votre mission

Plus d’un demi-siècle après la reconquête de la souveraineté nationale, le bilan est largement négatif en ce qui concerne le développement, la sécurité des biens et des personnes, la sécurité de nos frontières ainsi que la cohésion nationale… Ce constat implacable montre que, soit nous sommes mal partis depuis l’indépendance, soit que nous nous sommes égarés en cours de chemin.

Il devenait alors indispensable de marquer un moment d’arrêt, d’évaluer courageusement notre situation, d’en analyser les causes et de proposer à notre peuple les bases d’un nouveau départ. C’est en cela que le Chef de l’Etat mérite d’être félicité.

Les ambitions expansionnistes de nos voisins se nourrissent de la somme de nos propres échecs, ils ont persuadé plus d’un que nous n’étions pas capables d’administrer un si grand territoire : une classe politique prête à tout compromis pour accéder ou préserver un statut social à part aux dépens de l’intérêt général (à l’exemple de ses ainés, les évolués d’hier) ; une classe politique plus redevable à la tribu qu’à l’excellence, une administration corrompue et hors la loi ; une justice non réparatrice devenue par contre l’allié le plus sûr de ceux qui piétinent les droits du plus faible, de la veuve et de l’orphelin, une université qui n’est plus classée dans aucun palmarès au monde mais qui se satisfait de la cotation de la tribu…et enfin un pasteur qui revendique haut et fort la reconnaissance de son statut d’homme, pécheur !

Etre pauvres mais libres sur notre propre territoire n’est nullement comparable à la perspective d’être pauvres et vivre chez autrui. Le Congo est certes un Etat grâce au « génie » de Léopold II. Mais nul autre que nous n’a payé le prix nous imposé pour mériter d’en être propriétaire définitivement et exclusivement.

Nous ne pouvons accepter d’en perdre la moindre petite partie sans être indignes de tout ce sang versé. Eric Toussaint écrit : « Certains auteurs sérieux estiment que la population congolaise en 1885 atteignait 20 millions et qu’au moment où Léopold II doit transmettre à la Belgique en 1908 son Congo à la Belgique pour en faire le Congo belge, il restait 10 millions de Congolais. » Résultat d’une politique dont se vantait le Souverain belge : « Quand on traite une race composée de cannibales depuis des milliers d’années, il est nécessaire d’utiliser des méthodes qui secoueront au mieux leur paresse et leur feront comprendre l’aspect sain du travail ».

Léopold II consacrait entre 38% et 49% des dépenses totales de l’Etat Indépendant du Congo à ces « méthodes », ajoute Eric Toussaint. A tout cela, il faut ajouter plus de 32 ans de soutien à une dictature féroce et aujourd’hui, au quotidien, nous devons compter tous ces morts à l’Est car nous nous appelons CONGO.

Les recommandations et résolutions de vos assises seront issues d’une profonde réflexion selon le souhait du Chef de l’Etat, leur initiateur. Cette profonde réflexion nous la voulons originale et spécifique à nos réalités, c’est-à-dire non inspirée par les ONG et autres « bienfaiteurs » qui sont prêts à tout pour ne pas laisser le Congo aller dans une direction autre que celle qu’ils lui ont tracée.

Nous craignons aussi que soient réempruntés les sentiers battus de la Conférence Nationale Souveraine et autres dialogues entre Congolais conduisant à servir au Peuple les mêmes plats à peine réchauffés. Si tel est le cas, ces concertations n’auront servi à rien. Outre l’originalité, il faudra de votre part une bonne dose d’audace et de courage.

Du courage vis-à-vis de nos parrains Occidentaux qui se sont toujours présentés à nous comme nos éternels « bienfaiteurs » tout en veillant à leurs propres intérêts avec le plus grand soin. Mais du courage, il en faudra aussi et surtout à l’égard de nos propres gouvernants. La convocation par eux de présentes accises peut être interprétée comme une prédisposition à s’amender.

Le piège qui nous guette est le fait que nous ne nous rendons pas compte à quel point souvent notre raisonnement est confiné dans un étroit cadre de manœuvre prédéterminé par « notre histoire » écrite et enseignée par ceux que nous reconnaissons comme étant nos tuteurs naturels.

L’histoire selon laquelle nous sommes des peuples sans un quelconque passé dont nous puissions être fiers, des peuples dont les ancêtres n’ont inventé ni boussole ni poudre à canon et donc des peuples juste bons pour la musique et les sports… Notre vraie histoire ainsi falsifiée nous condamne à l’immobilisme, à l’admiration sans bornes de l’autre, au mimétisme tragique, à être réduits au rôle de simples consommateurs, à considérer notre situation présente comme étant une fatalité et par voie de conséquence à confier inévitablement notre destin, notre avenir et notre développement à autrui.

Ce n’est pas parce que les médias occidentaux en général et les magazines de vulgarisation scientifiques en particuliers ne mentionnent jamais les noms des savants et inventeurs noirs qu’il faut en déduire que le Noir n’a rien inventé. Sinon, Martin Luther King n’aurait jamais dit : « Quand vous êtes prêt à partir pour le travail, sachez que la moitié de toutes les choses et de tous les appareils dont vous vous êtes servis avant de quitter votre domicile a été inventée par des noirs ».

Faites vos propres recherches et vous vous rendrez compte à quel point ce qu’il dit est vrai. Si tel n’était pas le cas, pourquoi en 1858, un Avocat général des Etats-Unis, Jeremiah S. Black a-t-il fait passer une loi contre le dépôt de brevets d'invention par les esclaves ? L’Egypte est le berceau de tout le savoir humain : mathématiques, physique, géométrie, architecture, médecine, philosophie, chimie, monothéisme, etc.

L’Egypte a tenu l’hégémonie du monde d’alors pendant plus de trois millénaires : l’Egypte ancienne n’était pas seulement géographiquement sur le continent Africain, mais elle est également et indiscutablement une expérience entièrement négro - africaine. Ce n’est pas nous qui le disons mais plutôt Constantin-François Chasseboeuf, dit Volney, un académicien français : « Quel sujet de méditation, de voir la barbarie et l’ignorance actuelle des Coptes, issus de l’alliance du génie profond des Egyptiens, et de l’esprit brillant des Grecs, de penser que cette race d’hommes Noirs, aujourd’hui notre esclave et l’objet de nos mépris, est celle-là même à qui nous devons nos arts, nos sciences, et jusqu’à l’usage de la parole… ».

Dans les films et les documentaires, la population de l’Egypte ancienne est généralement blanchie à des fins idéologiques. Les Egyptiens eux-mêmes s’appelaient des Noirs. On attribue une couleur blanche à la quasi-totalité des inventions scientifiques pour stimuler le sens de la fierté chez les blancs. Pour intégrer un sentiment de suprématie intellectuelle dans leur subconscient collectif. Et par voie de conséquence on renie toute invention aux Noirs pour les tenir loin de la science, c’est-à-dire, loin de la clé même du développement.

Voilà pourquoi P.E. Lumumba disait : « Le jour viendra où nos enfants réécriront notre histoire vraie ». Ces rappels méritaient d’être faits, pensons-nous, car généralement quand un homme est conscient de descendre d’un sang noble, il est des métiers qu’il s’interdit de faire et il ne tend pas la main à n’importe qui.

Partons des constats simples. L’Occident peut-il survivre sans débouchés extérieurs ? Pourquoi l’éducation constitue le premier poste de dépenses publiques dans toute l’Europe et curieusement depuis que nous sommes « indépendants », l’affectation de l’ « aide » que l’on veut bien nous donner n’est jamais prioritairement orientée vers la formation de l’homme ?

La réponse est simple : c’est pour être sûr que sur dix bateaux qui déchargent au Port de Matadi seuls deux repartent chargés. Quand on nous prête l’argent, c’est le remboursement du capital et des intérêts qui est certain. C’est le rôle dévolu à la Banque Mondiale et au Fonds Monétaire International : prêter pour pérenniser la dépendance et recouvrir à tout prix. La rentabilité du projet financé et la réduction de la dépendance du bénéficiaire sont aléatoires : les éléphants blancs sont là pour l’attester.

Depuis quelques temps nous croulons littéralement sous le poids des projets et des rapports des experts. Posons-nous la question suivante : un peuple peut-il importer son développement ? Nous devons être préoccupés par les réponses à ces questions car la précarité et la pauvreté ne sont pas les alliés de la cohésion nationale, c’est plutôt le lit de la partition du Congo.

C’est la précarité qui prédispose le Congolais à toutes sortes de trahison. Vos recommandations doivent viser principalement le progrès économique. Gardons ces prémices à l’esprit pour aborder sereinement à présent ces quelques attentes de la rue que nous sommes par rapport à vos assises.

Des résultats

Au sortir de la longue période de transition que le pays a connue, ses dirigeants se sont résolument engagés à bâtir un véritable État de droit au service du développement économique et social de ses populations. Toutes les institutions issues d’élections pluralistes, libres et démocratiques ont ainsi orienté leurs efforts vers la refondation de la République : les infrastructures sont une réalité toujours un peu plus visible que la veille et un véritable arsenal juridique ne cesse d’être mis en place. Mais la croissance économique est faible et le gros de nos populations est exclu du bénéfice de ces petits progrès, faute d’une réelle volonté de redistribution.

Le problème se situe donc au niveau de l’homme et plus particulièrement au niveau de la volonté de l’homme politique. Nous n’attendons pas de vous des nouvelles lois mais plutôt des recommandations qui secoueront l’homme politique de sa torpeur ; des recommandations susceptibles d’être traduites en pactes entre le Pouvoir, la classe politique et le Peuple, des recommandations qui marqueront l’histoire, notamment dans les domaines de réflexion prioritaires que voici :

Lutte contre toutes manifestations du tribalisme opposées à la cohésion nationale

Dans ce domaine, une réelle volonté politique doit s’inscrire dans les faits et non dans les intentions. Une liberté d’expression ou d’association qui menace la cohésion nationale n’est pas une liberté à protéger.

On ne peut parler de la cohésion nationale tout en fermant les yeux sur : la reconnaissance légale des mutuelles et partis politiques où l’appartenance tribale est manifestement le critère principal d’adhésion ; la quasi impossibilité de briguer un mandat politique en dehors de sa province d’origine (la constitution est ainsi violée : tout citoyen a le droit d’élire son domicile partout où il veut) ; la nomination des originaires à la tête des sociétés d’état dont le siège social se trouvent dans leurs provinces, le recrutement des parents et des proches par les hauts fonctionnaires de l’Etat laissé à leur entière discrétion…

Rappelons-nous que derrière toutes les guerres et déchirements que ce pays a connus depuis son indépendance, il y a toujours eu le spectre de la tribu et de l’ethnie. La traite négrière s’est servie à souhait de cette corde ultra-sensible. Le colonisateur ne s’en est pas privé et pour le politicien d’aujourd’hui elle est sa rampe de lancement de prédilection si pas sa branche de salut en temps de disette.

L’exemple tanzanien devrait nous inspirer à cet effet. A quoi servent les mentions : province d’origine, district, territoire etc dans les papiers d’identité des Congolais ? Pourquoi leur absence dans ceux des Occidentaux n’a pas empêché le développement de leurs pays ?

La justice

La reconstruction matérielle de notre système judiciaire est visible, mais les mentalités ne changent pas. Par contre, elles empirent. La réparation du préjudice subi par le faible n’est pas une préoccupation pour nos juges. Un dossier est un titre valant espèce et l’argent n’a pas de couleur. Une justice qui ne protège pas la propriété privée et fait fuir les capitaux tant nationaux qu’étrangers.

Nous imputerons aux juges l’entière responsabilité de ces dysfonctionnements de la justice dans notre pays le jour où le gouvernant donnera au Peuple la preuve que lui aussi et ses protégés acceptent d’être sous la loi. C’est à ce prix-là que le petit peuple et le juge lui-même développeront à leur tour la crainte de la loi. Aucune victoire durable (ni économique ni militaire) n’est possible dans une société gravement malade de sa justice.

La corruption

La corruption, selon certaines estimations causerait un manque à gagner proche de 17 milliards de dollars au Trésor public chaque année. Il faut tout de suite et maintenant, tracer une ligne rouge et dire assez c’est assez.

Si l’engagement politique dans ce domaine était aussi visible que pour les cinq chantiers, les ambitions expansionnistes de nos voisins et de leurs parrains ne s’exprimeraient pas de la même manière et surtout, elles n’auraient pas les mêmes échos à l’extérieur. On ne se cache même plus ni pour corrompre ni pour être corrompu. Dans ce domaine, l’impunité est la règle et la sanction l’exception.

L’éducation et l’enseignement

Le Congo avait à peine dix diplômés de l’université en 1960 mais son revenu par tête d’habitant avoisinait $ US 380. Près d’un demi-siècle après, nous avons délivré des centaines de milliers de diplômes mais ce revenu a baissé de plus de la moitié. Peut-on dans ce domaine se targuer d’avoir mieux fait que le Belge qualitativement ?

Avant d’affirmer, la main sur le cœur, que c’est la faute au politique, l’enseignant doit faire un choix : celui d’être soit enseignant soit gouvernant. Nul ne peut servir efficacement deux maîtres en même temps. Quel intérêt un homme porte-t-il à l’avenir de son pays quand il accepte à la fois d’assumer la charge de directeur de cabinet du Président de la République ou d’un ministre, d’être titulaire de plusieurs chaires et dans plusieurs universités tout en étant le numéro un d’un parti politique ?

Qui peut sanctionner pareille concentration de pouvoir ? L’avenir de tout pays est déterminé par la qualité de l’homme, la qualité des diplômes que son système d’éducation et d’enseignement met sur le marché du travail. Ce n’est ni le cuivre ni le pétrole ni le diamant et encore moins l’étendue de ses forêts.

Chaque jour qui passe, notre système d’enseignement supérieur tourne un peu plus le dos aux sciences, c’est-à-dire à notre avenir, au profit des filières « rentables » en termes de frais de minerval. Et naturellement dès lors qu’il s’agit de l’enseignement, ceux qui prétendent nous aimer détournent les regards. Les ONG sont là pour garantir les libertés politiques et d’expression plus essentielles !

Pour que ces critiques adressées au corps professoral soient entièrement fondées, il faut que le gouvernant lui-même, dans les actes, apporte la preuve qu’il a une juste perception de la place de l’enseignant dans notre société. Il doit comprendre qu’un professeur d’université n’est pas moins important qu’un ministre pour un pays. La récente crise gouvernementale belge ne nous démentira pas.

Le gouvernant doit viabiliser et anoblir le métier de l’enseignant…de la maternelle à l’université. Il n’est pas admissible qu’un métier aussi déterminant pour l’avenir du pays ne soit plus exercé par vocation mais plutôt en attendant de trouver mieux ailleurs. Il faut à court terme que le budget de ces ministères avoisine les 30% du budget global des dépenses de l’Etat comme au Sénégal par exemple et principalement aux dépens du budget des dépenses de fonctionnement des Institutions.

L’Armée et la Police

Ces métiers doivent être exercés non pas par des frères, des proches, par des enfants difficiles et encore moins par ceux dont personne ne veut plus mais plutôt par les meilleurs de nos fils. C’est dans ces corps de métiers que le mot excellence trouve toute sa signification. Ici, le recrutement et la gestion des carrières doivent être les plus transparents.

Comment une société peut-elle confier la garde de ses âmes, de son territoire et de son patrimoine à d’autres personnes qu’aux plus vaillants de ses enfants ? La surreprésentation de certains groupes ethnico-tribaux dans ces corps ne peut être tolérée que si elle est justifiée par la compétence et l’expérience.

Rappelons que l’armée et la police sont l’héritage de la Force Publique, instrument de répression entièrement dévoué à Léopold II. Le rôle leur assigné alors n’était pas la défense du pays contre un quelconque ennemi extérieur ni la protection des populations ; mais plutôt la soumission indéfectible à l’autorité établie et la production tournée vers l’exportation.

Entre l’armée et le peuple la relation « chien et chat » était voulue et entretenue. Nous avons encore présent à l’esprit l’époque où il était admis que quinze civils devaient mourir pour venger un soldat. Voilà le cordon ombilical qui lie encore ces métiers à la Force Publique de triste mémoire, cordon qu’il faut absolument couper pour qu’enfin soit démentie l’équation : « Avant indépendance = Après indépendance ». Aussi longtemps que cet héritage survivra dans nos hommes de troupes, les pillages, les viols et autres tracasseries ne mourront pas.

Le Parlement

L’insuffisance d’expertise des élus relègue au second plan la prérogative constitutionnelle la plus attendue par le souverain primaire : le contrôle de l’action gouvernementale. Ceci constitue un véritable dysfonctionnement de la fonction parlementaire, le législateur se contente de faire des lois sans lendemain. Notre Parlement donne l’impression d’avoir été élu par le Peuple pour servir de syndicat à l’exécutif. C’est comme si chez nous un individu non recommandable ne pouvait jamais passer entre les mailles et se retrouver au gouvernement.

L’économie et les finances

Nous pensons qu’il sera retenu en bonne place dans vos recommandations que chaque corps de métier s’organise en association dotée d’une personnalité juridique, d’un code d’éthique, d’une commission de discipline et d’un cadre de formation permanente de ses membres. Ainsi, le gagne-pain des personnes qualifiées sera préservé de toute intrusion. A l’exemple du Japon, nul ne sera encouragé à exercer un métier sans qualification requise. L’association assurera le respect des normes de sa profession par chacun de ses membres, de cette façon, la notion des normes s’invitera dans nos réflexes et habitudes.

L’autorité administrative aura à travers les organes dirigeants de ces associations des interlocuteurs autorisés et accessibles. Le contrôle des marges bénéficiaires, l’encadrement et la mise en place des politiques éventuelles de renforcement des capacités seront facilités. Un encadrement fiscal minimum des membres est envisageable au niveau de ces associations.

Quelle réponse définitive et appropriée faut-il réserver à l’exercice du petit commerce par les étrangers ? A notre avis, c’est l’amélioration de la compétitivité des entrepreneurs nationaux. Il n’est pas interdit au Congolais d’exercer le petit commerce en Belgique ou en France, là-bas, il doit tout simplement être compétitif pour éviter de couler.

Il suffira d’envisager des semailles sur l’ensemble du territoire, dans les sillages des chambres de commerce, coopératives, églises et autres, des formations à l’entreprenariat, sur des courtes périodes de trois à six ou neuf mois. Si nous ne relevons pas le niveau du commerçant congolais nous le condamnerons à demeurer dans ses insuffisances actuelles et nous en ferons un envieux et un aigris éternel.

Fonction publique

Optons tout de suite et sans tarder pour la création d’une grande école (niveau postuniversitaire) à l’exemple de l’ENA française pour que nous ayons enfin des cadres réellement formés à gérer la cité. Les frais émoulus de cette grande école seront des conseillers de carrière, des dirigeants des services et des entreprises publiques, des ambassadeurs, etc.

Nous ne pouvons pas continuer éternellement de nous plaindre des insuffisances de notre classe politique et en même temps nous satisfaire d’une administration non efficacement encadrée.

La culture

Ce ministère n’est pas le ministère de la musique et du théâtre (ici est néanmoins le lieu de dire que l’intérêt qu’il porterait à notre musique se justifierait tout à fait. En termes d’avantages comparatifs, le potentiel de l’artiste congolais est immense et à peine exprimé faute d’une réelle volonté politique d’encadrement. Selon certaines estimations, la musique a rapporté environ 100 millions de dollars à la Jamaïque en 2001).

La culture doit être le socle de notre développement intégral et durable. C’est à elle que revient le noble rôle de dessiner le portrait-robot du Congolais de demain : un homme sachant qui il est, ce qu’il a, d’où il vient et où il va. Un homme mettant en toute circonstance l’intérêt collectif au-dessus de son intérêt propre et celui des siens.

C’est à ce ministère qu’incombe la lourde responsabilité de réparer les dégâts de « notre histoire » sur nos mentalités. Nul ne naît nationaliste ni patriote : on le devient par l’éducation et par l’enseignement. En d’autres mots, il lui revient de redonner confiance aux Congolais et les emmener à croire de nouveau en eux et surtout en leurs capacités créatrices au même titre que les autres races de la planète.

En l’absence de ces convictions et cette dignité retrouvées, il n’y aura pas de développement car le développement est une compétition. Le Congolais type ainsi conçu dans les laboratoires du ministère de la culture sera ensuite confié aux ministères de l’éducation et de l’enseignement, de la famille et de l’enfant qui se chargeront à leur tour de façonner un congolais vrai, digne héritier de ce grand pays.

Que faisons-nous de l’héritage de M’zee Laurent Désiré Kabila ?

L’accès à une bonne formation est un droit fondamental n’est-ce pas ? Nous entendons tous parler des « points sexuellement transmissibles », de la corruption, de la tricherie, des enfants renvoyés ou exclus des examens faute d’avoir payé les frais de minerval, des sureffectifs dans tous nos établissements scolaires et académiques, etc.

Combien d’ONG s’intéressent-elles à ces atteintes multiformes au droit à l’éducation ? Se gardent-elles d’en parler par respect pour notre souveraineté ? Si tel est le cas, pourquoi alors cette levée de boucliers quand nous parlons de l’organisation du pouvoir et l’auto prise en charge au niveau de nos quartiers (appelez ça CPP ou autre autrement, c’est selon) et du Service National ?

On dit que nous ne sommes pas capables de gouverner un si grand pays et on s’oppose aux CPP. La formule de M’ZEE, le regroupement pendant neuf à 12 mois, sous une même tente, de 11 garçons ou filles, venant de onze provinces différentes (et parlant probablement onze langues différentes) pour une formation civique et l’apprentissage des métiers…n’était-elle pas une idée phare permettant de semer sur l’ensemble de notre territoire des viviers par excellence de la cohésion nationale ?

Les grandes nations se bâtissent autour des noms de leurs héros. Sommes-nous en droit de tourner le dos aux idées de ce digne fils du pays, qui s’est justement sacrifié pour ne pas trahir le Congo et que les Congolais de toutes les Provinces sans distinction continuent à pleurer près de 13 ans après son lâche assassinat ? Que garderons-nous alors de sa mémoire ?

Conclusion

Le mal par excellence qui tue le pays reste sans conteste LA PROMOTION DE LA MEDIOCRITE que nous n’avons cessé de banaliser depuis notre accession à l’indépendance. Dans tous les secteurs de la vie nationale chacun peut constater que le mérite est souvent l’exception et non la règle. Le pays ne décollera jamais aussi longtemps que toutes ses institutions ne seront pas devenues véritablement des chasseurs des têtes. Voilà un domaine où il conviendrait qu’un pacte majeur soit signé entre le pouvoir et le peuple car notre problème d’abord et avant tout lié à LA QUALITE DE L’HOMME.

Frédéric Kabasele