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Recomposition géopolitique des Grands Lacs passera-t-elle par une guerre régionale ? Part 1

08/10/2013

Recomposition géopolitique des Grands Lacs passera-t-elle par une guerre régionale ?

Africa Wisdom, September 23, 2013 by FKomeza

Il y a eu vraiment beaucoup de sommets et des réunions pour stabiliser les Grands Lacs et ramener la paix dans la sous-région. Et ce n’est pas encore fini. Un autre est prévu ce jour en marge de l’Assemblée Générale des Nations Unies en ce mois de septembre 2013.

On y sent des contradictions d’une part entre les occidentaux et les africains et d’autre part entre les blocs régionaux eux-mêmes. Les crispations y sont visibles et perceptibles derrière les sourires de façade sur les photos de famille lors de ces urgents Sommets.

D’ailleurs, il suffit de lire entre les lignes des communiqués officiels des réunions de ces organismes régionaux en question dont la CIRGL, SADC ou CAE/EAC et d’analyser les absences-présences aux sommets respectifs pour s’en convaincre
ou de penser aux bruits de bottes et aux obus qui ont endeuillés les villes frontalières de Gisenyi et Goma, lancés dans un but évident de provocation. Ou aux centaines de blessés, prisonniers et victimes dans l’affrontement le long de la frontière congolo-rwandaise entre la coalition FARDC–Brigade dite « neutre » et les rebelles du M23.

Dans les archives de ce blog, il y a un article qui avait bien pressenti que les vrais enjeux de la négociation de Kampala et les rebelles du M23 étaient la recomposition de l’espace géopolitique régional.

Le journaliste ougandais Obbo O. vient de publier une série d’articles connectant des évènements et séquelles historiques propres à chaque État concerné, bien remis dans une perspective historique de la lutte des indépendances ou de libérations. Rappelant l’imbrication des destins des mouvements de libération dont l’ANC, CCM, EPRDF, FRELIMO, MPLA, NRM, RPF, SPLM, ZANU et leurs leaders solidaires mais qui s’épient en permanence.

Il a observé aussi la personnalité des dirigeants actuels de ces pays face à l’émergence d’intérêts privés aux gros appétits, engagés dans une compétition sans merci qui brouille les possibilités de résolution pacifique des conflits latents et qui enflent. (voir nakedchiefs.com)

Sur fond d’un conflit récurrent à l’est du Congo-Kinshasa aux racines historiques bien connues et qui sème depuis 20 ans désolation, rancœur et un lot de misère pour les milliers de déplacés et réfugiés; conflit banalisé sur un bouc émissaire parfait et devenu par la force de répétition un véritable fonds de commerce bien juteux.

En réalité, Il se passe des développements très inquiétants dans cet espace régional et des questionnements fusent dans les sociétés civiles, milieux intellectuels et médias.

Car on voit se développer les prémisses d’un conflit irréductible entre la Tanzanie et le Rwanda avec une tentative d’impliquer les alliés supposés dans les blocs régionaux de la SADC et CAE respectivement. Avec risque de les antagoniser !
Le Malawi se fâche aussi avec la Tanzanie – il y aurait du gaz dans le lac frontière ; tout en étant aussi fournisseur de contingents dans la même brigade internationale sous mandat de l’ONU.

Laquelle brigade est mise sous commandement Tanzanien pour combattre principalement les rebelles anti-Kabila du M23 accusés d’être de mèche avec le Rwanda. Lequel amasse en retour des troupes pour se défendre des menaces éventuelles par les anciens rebelles rwandais du FLDR soutenus ouvertement par la RDC.

Une nouvelle thèse plausible circule avec persistance suggérant qu’un groupe jusque-là invisible ayant noyauté les circuits du pouvoir en Tanzanie, aurait concocté un plan pour déstabiliser la région derrière l’opération d’expulsion d’immigrants « illégaux ».

Implantant parmi ces « expulsés » récents au Rwanda, Burundi, Uganda et Sud-Kivu, des agents d’une « 5eme colonne » qui attendent un signal pour agir et y créer les troubles principalement au Rwanda. En relais avec certains ex-FDLR rentrés depuis un temps au Rwanda comme agents dormants. Ce qui expliquerait bien des choses non élucidées. Et dont les fuites sur des formations “secrètes d’agents anti-Kagame au Zimbabwe et Botswana sorties dans la presse sud-africaine récemment.

Pour ensuite stabiliser la région sous un autre leadership avec des hommes liges parmi les opposants à Kagame et Museveni. Notamment les anciens chefs du renseignement respectivement du Rwanda et Ouganda et maintenant en exil, qui quitteront l’ombre et se présenteront comme l’alternative crédible, expliquant alors les campagnes actuelles de dénigrement de leurs anciens patrons. Et le tour serait joué sous une Pax Tanzania!

Auparavant, la RSA, puissance industrielle et militaire aura déployé des hélicoptères de combat sophistiqués à Goma pour s’imposer sur les défenses rwandaises qui manquent de défenses antiaériennes et donc vulnérables aux frappes aériennes ciblées pouvant venir de la RDC ; ou de la Tanzanie qui contrôle par ailleurs le passage de 45% de son commerce extérieur du Rwanda et connaitrait donc son potentiel militaire !

On voit d’ailleurs les presses nationales respectives, généralement alimentées par les instances dirigeantes et les services de sécurité de ces pays concernés flatter les égos nationaux et diaboliser les adversaires supposés ou réels dans les pays voisins. Généralement en langues locales et en hyperboles ou paraboles et dans le but de préparer et dresser les opinions nationales.

Des tweeters tanzaniens traitent le Kenya d’hégémonique et envahisseur, son Président Uhuru de traitre et alcoolique, Museveni de candidat empereur de la dynastie Hima ambitionnant de régner sur toute l’Afrique de l’est. Et Kagame de génocidaire impliqué personnellement dans la mort de Habyarimana. Rejoignant la presse Kinoise et les thèses des opposants au régime RPF qui voient la dernière opportunité de revenir au pouvoir. Grâce à Kikwete lui aussi noirci à tort ou à raison dans la presse proche de Kigali.

De loin mais avec un impact plus décisif, Zuma appuierait ouvertement tous les groupes antagonisant le régime rwandais, soupçonné de contrecarrer son influence et affairisme actif visant les ressources économiques les plus lucratives en RDC et à peu de frais. Notamment les blocs pétroliers en Ituri et en Equateur. Au moment où les peuples Kitawala menacent d’y grever nus pour attirer l’attention sur leur paupérisation extrême. Et les routes y ont disparues et la forêt tropicale y a repris ses droits partout. Zuma se mettant outrageusement et sans états d’âme sur les traces de féroce Léopold II dans l’exploitation des « noirs » et surpassant les quelques mafieux libanais qui avaient déjà criminalisé les circuits économiques au su et vu des autorités locales congolaises.

La RSA de Zuma avait déjà supporté Kabila politiquement lors des élections truquées de novembre 2011 et lui assure encore une couverture diplomatique via la SADC; dans une relation très inégale avec le Congo. Lui faisant miroiter de nouvelles relations du bloc BRICS qui prétend contrebalancer le rôle des USA dans le monde. Et dont tous les membres et principalement la Chine ont promis ou veulent investir curieusement dans des infrastructures régionales qui relieraient les mêmes pays sous tension en Afrique de l’Est !

On peut y ajouter le rôle ambigu de certains groupes belges, français ou américains, qui jouent tantôt aux pyromanes tantôt aux pompiers selon les intérêts stratégiques et tactiques du moment. Et la situation devient brumeuse, complexe et volatile.

FKomeza
Africa Wisdom, September 23, 2013