Menu
Retour
Imprimer cet article
La recomposition géopolitique des Grands Lacs passera-t-elle par une guerre régionale? Part 2

08/10/2013

La recomposition géopolitique des Grands Lacs passera-t-elle par une guerre régionale?

Part 2

En fait avec le chômage élevé dans les pays européens, chacune des ex puissances coloniales est tentée de marquer son ancienne aire d’influence dans la région! Dans ce registre, les portugais reviennent en masse en Angola et au Mozambique. La France intervient ouvertement en Côte-d’Ivoire ou au Mali dans leurs évolutions politiques.

Combien de temps les Belges, tentés par un comeback au Congo-Kinshasa, vont-ils toléré la compétition chinoise, indienne, israélienne ou sud-africaine ?

Ils forment déjà les bataillons commandos poussées vers les zones d’affrontement, penchant pour une solution militaire du conflit dans les Kivu et envisageant le retour des troupes belges en Afrique centrale après le fiasco cinglant au Rwanda en 1994. Sinon comment interpréter l’invitation lancée à Kabila pour rappeler les 100 ans de la 1ere guerre mondiale ? Est-ce pour rappeler l’apport de la force publique dans la récupération du Ruanda-Urundi perdu par les Allemands et qui explique l’engrenage historique actuel? Ou essayer d’effacer les méfaits de la colonisation brutale?

Quant aux français, ils apprendront à Zuma une bonne leçon notamment lorsqu’il s’est aventuré loin dans les affaires de la Cote Ivoire pour supporter Gbagbo et contre leurs stratégies et intérêts. Il comptait se mesurer à la régulière contre le genre Bolloré ! Il fera la même erreur d’attaquer le pré-carré français en RCA oubliant que ce territoire restait une « réserve » pour Areva et bien d’autres.
Certains de ses hommes de troupe furent retournés en caisse à Pretoria et la plupart de ses concessions annulées par une rébellion mis au pouvoir temporairement, supportée ouvertement par le Tchad en contrepartie de son rôle au Mali aux cotés des Français. Une manière polie de lui dire de rester surtout dans son espace au sud de l’équateur ! Ce que les Sudafs font avec application, profitant du « vide » et du désordre actuel en Afrique Centrale et de nombreuses communautés réfugiées ou résidentes en RSA, sources gratuites d’information et de réseaux d’infiltration.

Les américains eux opèrent autrement au Congo en y injectant le plus gros du budget de la Monusco pendant que les Français se contentent d’influer les cours des évènements au travers des experts des opérations de maintien de la paix. Mettant ouvertement sous tutelle ce pays dans une sous-traitance qui envahit les domaines régaliens de sécurité et justice !

Mais avec AFRICOM sur place, on sent les prémisses d’un engagement américain beaucoup plus profond et systématique dans la région. Sécurité et affaires obligent! Ils supportent des missions spéciales transnationales en Somalie contre les Shebab encore très actifs ou contre Kony ; missions qui vont de Djibouti jusqu’en Ouganda et en passant par Sud Soudan, la RCA ou la RDC. Transcendant les frontières fixes actuelles, du reste poreuses, et d’ailleurs sous surveillance par satellite et ou drones interposés.

Les Anglais jouent apparemment en solo en adoptant des programmes massifs en éducation et santé espérant se faire aimer par les Congolais et y mettre pied aussi alors qu’ils sont accusé d’être derrière le « complot » auto-prophétique de balkanisation. Et ils sont parmi les grands donateurs pour la reconstruction de la grande Somalie fédérée avec le Somaliland et le Puntland. Autour ou arrimée à leur zone d’influence anglophone traditionnelle et économiquement en croissance dans l’Afrique de l’Est.

Les Allemands s’occupent des secteurs de la santé et programmes d’eau dans les Grands Lacs. Et ne verraient pas d’objections à la réformation d’un groupement des anciennes possessions autour du Rwanda Urundi-Tanganyika. Pas pressés, ils opèrent via l’Union Européenne et ont le représentant spécial, véritable proconsul et dirigeant la Monusco.

D’ailleurs, les presses « indépendantes » dans ces pays européens jouent aux émotions lorsque c’est nécessaire et souvent pour des raisons de politiques internes. Parfois ça va loin avec des visites hyper médiatisées des stars et politiciens comme ce couple inattendu Angelina Jolie et William Hague visitant les violées du Congo suivi d’une annonce d’aide massive dans le domaine de la santé.
On peut ajouter le fait que les super puissances dont la Chine et les USA opèrent sur le très long terme en projetant leurs plans stratégiques (avec business plans sur 25 ans!). On l’a vu avec l’indépendance du Sud-Soudan et la stabilisation en cours en Somalie.

Peut-il en être autrement avec le pétrole du Sud-Soudan qui fait monter la tension dans la région tous les deux mois ou celui découvert dans la région de l’Albertine – aux frontières d’Ouganda-Congo ? Ou celui découvert le long des côtes Kenyanes et Somaliennes qui fait courir tant de projets concurrents en raffineries et pipelines.

Sans oublier le gaz naturel tanzanien certes plus proche de la Mozambique mais qui agite les milieux politiques locaux quant aux choix industriels et au mode de distribution des dividendes de cette exploitation, menaçant la cohésion interne du parti au pouvoir le CCM, qui s’éloigne apparemment de la base idéologique socialiste et panafricaniste.

Donc, les alliances se font et défont aussi au gré des variations tactiques, de l’actualité et de la découverte des richesses naturelles devenant source de nouveaux conflits. Jusqu’au Congo de Sassou appelé à faire la médiation dans la politique politicienne congolaise en face de Brazza. Ou dans l’instable RCA qui apporte une autre dimension avec des conflits religieux entre chrétiens et musulmans avec réfugies vers la RDC et au Cameroun. Ce qui peut entrainer ces pays dans une nouvelle spirale incontrôlée. Sans oublier les corps expéditionnaires de plusieurs bataillons Rwandais et Tanzaniens au Darfur sous mandat UA-NU. Commandé par un Tanzanien comme par hasard.

Ou le Sud Soudan qui veut s’arrimer au bloc de la CAE plus utile et sans avoir à subir les lenteurs voulues de la Tanzanie, plus proche du Mozambique ou de Zimbabwe.

En plein dans des velléités de cession dans l’ouest de la Zambie, lequel pays ferme fréquemment sa frontière avec le Congo-Kinshasa pour des problèmes de fraudes des minerais. Et des risques d’instabilité liée à la succession de Dos Santos de l’Angola voisine qui voit émerger des fortunes énormes chez les apparatchiks qui s’éloignent des masses appauvries et apparemment résignées seulement.

Pendant que Mugabe qui se prévaut du soutien inconditionnel de Zuma et de SADC pense avoir dribblé tout le monde et mettant un couvercle sur une marmite qui peut cependant exploser à tout moment.

En plus du hasard des calendriers électoraux dans la plupart des pays concernés, qui fait que la plupart des protagonistes devront en principe quitter le pouvoir car arrivés à la fin de leurs mandats constitutionnels. Dans la fourchette entre 2014 à 2017.

Est-ce que ceci explique cela ?

Toutes ces tensions et menaces externes sont-elles agitées pour justifier les prolongations ou la constitution d’une cagnotte de pension pour les dirigeants en fin carrière ? En y exacerbant les conflits identitaires ou fonciers? On ne cese de se poser des questions sur les expulsions d’illégaux en Nord Ouest de la Tanzanie pourtant créditée de terre d’accueil?

En tout cas, les manœuvres sont en cours et les oppositions en sont averties et sont devenues même très virulentes dans certains pays.

A Kinshasa, Kabila est soupçonné d’entretenir la guère à l’est et la tension interethnique surtout entre les Nande et Banyarwanda du Nord-Kivu pour forcer son passage au 3eme mandat interdit; faisant monter aussi la tension dans la capitale et augmenter les risques d’instabilité. L’Eglise catholique et son opposition ayant déjà dit non d’avance!


FKomeza
Africa Wisdom, September 30, 2013