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Révision constitutionnelle congolaise s’invite à Washington

04/08/2014

Révision constitutionnelle congolaise s’invite à Washington

Le débat sur la révision constitutionnelle qui pourrait permettre au président Joseph Kabila de briguer un troisième mandat traversera l’Atlantique le temps d’un Sommet. Pendant trois jours, Barack Obama a invité une cinquantaine de chefs d’Etat africains à l’occasion du premier Sommet Etats-unis-Afrique. Au programme : business bien entendu, avec la ferme intention pour les Etats-unis de rebooster ses échanges commerciaux avec le continent. Mais on parlera également développement, droits de l’homme et… démocratie.

Changer les règles du jeu ?

Dans l’oeil du viseur de Washington : « les transitions démocratiques ». En clair : faire en sorte que les « dinosaures » africains que sont certains présidents en poste depuis 10, 15 ou 20 ans, passent la main… démocratiquement. Les trois prochaines années seront riches en élections diverses et variées sur le continent africain. Ils s’appellent Boni Yayi (Bénin), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Pierre Nkurunziza (Burundi), Denis Sassou Nguesso (Congo), Paul Kagame (Rwanda), Faure Gnassingbé (Togo) ou Joseph Kabila (RDC) à devoir céder leur fauteuil, afin de respecter leur Constitution qui leur interdit de briguer trois mandat consécutifs. Seulement voilà, certains de ces présidents seraient tentés par un petit ripollinage constitutionnel pour changer les règles du jeu et se représenter pour un troisième mandat.

« Joseph Kabila doit respecter la Constitution »

A Kinshasa le débat fait rage entre l’opposition qui craint une modification de l’article 220 de la Constitution congolaise (sur la limitation des mandats) et la majorité présidentielle qui estime désormais qu’une modification, notamment par référendum, est tout à fait possible et constitutionnelle (voir notre article). Ces derniers mois, les Etats-unis ont démontré une attention toute particulière à la situation politique intérieure congolaise. Le secrétaire d’Etat, John Kerry, mais aussi Russell Feingold, se sont inquiétés publiquement en mai dernier de la possible modification de la Constitution. Le message des deux américains avait pourtant été très clair à Kinshasa : le président Kabila « devait respecter la Constitution » (voir notre article). En juillet, le président Obama avait remis le couvert sur le sujet en publiant un décret sur la situation en République démocratique du Congo pouvant déboucher sur le gel des avoirs de personnalités congolaises. Le texte visait particulièrement « les personnes qui nuisent au processus démocratique et aux institutions »… à bon entendeur.

Les opposants invités à Washington

Pour enfoncer le clou, Washington a organisé en marge de la rencontre, une sorte de « pré-Sommet » avec les principaux partis d’opposition de Kinshasa. Au rang des invités, on trouve Vital Kamerhe, le président de l’UNC et Martin Fayulu de l’Ecidé. Félix Tshisekedi ne pouvant se rendre un Washington, un représentant de l’UDPS sera tout de même présent. On parle également de la présence de Clément Kanku, président du MR. Seul absent : le parti de Léon Kengo, l’Opposition Républicaine. Certains observateurs notent que depuis sa déclaration de candidature précipitée au poste de Premier ministre de « cohésion nationale », Léon Kengo s’est fortement rapproché du camp présidentiel.

Ne pas rater les « transitions démocratiques »

Les pressions américaines seront-elles suffisantes à faire changer d’avis la président Joseph Kabila et sa majorité ? Le président Barack Obama semble avoir bien conscience qu’en ratant les « transitions démocratiques » de ces pays africains et en permettant à ces présidents de se maintenir au pouvoir, il hypothèque fortement les chances de développement rapide du continent. Devant près de 500 jeunes décideurs africains, reçus à la Maison Blanche il y a quelques jours, Barack Obama en avait profité pour envoyer un message clair : « un État de droit, c’est aussi le fait que les dirigeants ne gardent pas le pouvoir éternellement. Si vous avez les mêmes dirigeants tout le temps, vous n’avez plus d’idées nouvelles et le respect de la loi va en diminuant ». Les pressions économiques des bailleurs mondiaux, la menace du gel des avoirs de personnalités africaines seront-elles suffisantes pour contraindre Kabila, Kagame, Sassou, Compaoré à raccrocher les gants ? Pas si sûr. Joseph Kabila, et les autres, se tournent désormais vers la Chine et d’autres pays africains (Angola, Tanzanie, Afrique du Sud)… beaucoup moins regardant sur le « niveau de démocratie ». Aujourd’hui, l’Afrique semble pouvoir se passer des Etats-unis. Le Sommet de cette semaine démontre que ce sont désormais les Etats-unis qui ne peuvent plus se passer de l’Afrique… business oblige.

Christophe RIGAUD