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Lorsque, sous pression, Kinshasa lâche du leste

28/09/2014

Lorsque, sous pression, Kinshasa lâche du leste

Après l’interdiction de la marche du 13 septembre, plusieurs partis d’opposition ont pu manifester ce samedi contre une éventuelle révision de la Constitution.

L’opposition à manifesté samedi 27 septembre 2014 à Kinshasa

Le rendez-vous manqué du 13 septembre dernier est désormais un lointain souvenir pour l’opposition congolaise. Ce samedi, la marche des opposants contre la modification de la Constitution avait reçu l’autorisation de la ville de Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC). Malgré un changement d’itinéraire de dernière minute, des milliers de manifestants ont marché le long des 7 km du parcours, de l’échangeur de Limete jusqu’au stade des Martyrs. Les agences de presse estiment le nombre de manifestants entre 2.000 et 3.000 alors que les organisateurs avancent le chiffre de « plusieurs dizaines de milliers ». La marche s’est déroulée dans le calme, sans présence policière ostensible. Un témoin, contacté par Afrikarabia en fin de journée, nous a affirmé que les chiffres des agences lui semblaient sous-estimés. « Pour moi, nous étions plus de 5.000 manifestants » nous a-t-il confié.

Pari réussi ?

La mobilisation de l’opposition paraît toutefois bien faible en rapport avec les 10 millions d’habitants de la capitale congolaise. Mais ces chiffres sont à relativiser au vu du contexte sécuritaire du pays. Depuis la campagne électorale de 2011, les manifestations de l’opposition sont systématiquement réprimées dans la violence. Après la réélection contestée du président Joseph Kabila, Human Rights Watch (HRW) avait dénombré 24 morts et des centaines de blessés dans les manifestations post-électorales. Depuis cette date, les autorités congolaises musellent méthodiquement tous les rassemblements de l’opposition et procèdent à des interpellations massives. Le 4 août 2014, c’est le secrétaire général de l’UNC, troisième parti d’opposition, qui a été arrêté pour « offense au chef de l’Etat ». Dans cette ambiance délétère, l’opposition peine à faire descendre ses militants dans la rue. La manifestation de ce samedi constitue donc une première victoire pour les forces d’opposition qui espèrent démontrer qu’il est possible de protester pacifiquement dans les rue de Kinshasa. La pression internationale, notamment de la Monusco et de l’Union européenne, pour que toutes les voix puissent se faire entendre au Congo, a tout de même réussi à faire plier Kinshasa, bien décidé à ne pas laissé la rue dans les mains de l’opposition.

L’opposition réunie… sans Fayulu et Félix Tshisekedi

Ce samedi à Kinshasa, l’opposition a pu manifester son opposition à une possible révision de la Constitution qui pourrait permettre au président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir. Sur les banderoles, on pouvait lire : « Touche pas à ma Constitution », « Oui à la tenue d’un dialogue politique inclusif ». Les manifestants réclamaient aussi la libération des détenus politiques, comme Eugène Diomi Ndongala ou Jean-Bertrand Ewanga, le secrétaire général de l’UNC. En première ligne, les principaux partis d’opposition étaient présents : Vital Kamerhe de l’Union pour la nation congolaise (UNC), Bruno Mavungu de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Jean-Claude Mvuemba, Jean-Lucien Busa, Basile Okolongo ou Franck Diongo. L’UDEMO de Nzanga Mobutu participait également à la marche. Un absent remarqué : Martin Fayulu (Ecidé), une figure de l’opposition, qui s’était déjà désolidarisé du mouvement lors de la marche avortée du 13 septembre. Autre absent : Félix Tshisekedi (UDPS) qui a préféré rester à Mbuji-Mayi et laisser Bruno Mavungu le représenter. En revanche, d’importantes ONG de la société civile s’étaient jointes au cortège, comme la Voix des sans voix (VSV), l’ASADHO ou la LINELIT. Un seul bémol : à Goma, où une marche similaire avait été organisée (mais non autorisée), la police a dispersé la manifestation (une centaine de personnes), faisant une dizaine de blessés. Tout comme à Lubumbashi, où la police a dissuadé une quarantaine de personnes de manifester et à procédé à trois arrestations selon l’AFP.

2016 : le suspens continue pour Joseph Kabila

Sous pression internationale, Kinshasa a donc fini par lâcher du lest (à Kinshasa au moins) pour laisser l’opposition manifester librement. Cette marche, réussie, en appellerait logiquement d’autres. A l’ONU jeudi, Joseph Kabila avait cru bon affirmer que les élections se tiendraient « conformément au calendrier prévu », à commencer par les élections locales en 2015, puis les sénatoriales et provinciales avant la présidentielle devant avoir lieu en novembre 2016… mais sans préciser ses intentions. De quoi nourrir encore la suspicion de l’opposition.

Christophe RIGAUD