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Plateforme pour faire respecter les constitutions en Afrique

16/11/2014

Plateforme pour faire respecter les constitutions en Afrique

A Paris, des opposants africains exigent le respect des Constitutions

Après le « printemps de Ouagadougou » des partis d’opposition de huit pays africains ont constitué une plateforme contre les projets de réformes constitutionnelles sur le continent.

Des opposants venus de huit pays d’Afrique ont signé la « déclaration de Paris » contre les révisions constitutionnelles.

L’onde de choc de la chute du régime de Blaise Compaoré au Burkina-Faso donne des ailes aux opposants africains. Vendredi 14 novembre, des opposants de huit pays africains ont signé à Paris une déclaration commune pour demander le respect des règles constitutionnelles. Autour d’une même table, se sont réunis une vingtaine d’opposants de Centrafrique, de République démocratique du Congo, du Congo-Brazzaville, du Burundi, du Bénin, du Sénégal, du Gabon ou de Guinée Equatoriale… une première dans l’histoire des oppositions africaines. Dans ces pays, il a effectivement un risque de voir les présidents en place changer la règle du jeu constitutionnel pour se maintenir au pouvoir. Pour les participants de la réunion, « le glas a sonné à la volonté maladive de certains chefs d’Etat africains de réviser ou de changer les Constitutions de leurs pays. L’expérience burkinabé constitue désormais un exemple pour l’Afrique entière ».

Sassou menacé ?

Depuis le départ de Blaise Compaoré, certains prédisent que le prochain sur la liste pourrait être l’inamovible Denis Sassou Nguesso, 32 ans de présidence congolaise au compteur. Un record. Pour Mathias Dzon, ex-argentier de Sassou passé dans l’opposition, « il faut que le continent fonctionne enfin normalement, c’est à dire démocratiquement et que l’alternance politique soit enfin possible ». Concernant le risque de voir Sassou subir le même sort que son confrère Compaoré , Dzon estime que c’est en effet « le plus en vue, le plus ancien et le plus mauvais de présidents africains ! ». Si la population venait à descendre dans les rues de Brazzaville, quelle serait la réaction du régime ? Le bilan serait-il plus lourd qu’à Ouagadougou, où le renversement de Compaoré a fait une trentaine de morts ? Mathias Dzon est plus inquiet : « ce sera sans doute plus violent. Le président Sassou dispose de mercenaires, d’importantes milices en dehors de l’armée et les dirigeants de la force publique sont des gens habitués à tuer. »

Joseph Kabila veut s’éviter une révision constitutionnelle

Au Congo voisin, à Kinshasa, la polémique est vive sur une éventuelle modification de la Constitution par Joseph Kabila. En 2016, le président congolais doit normalement effectuer son dernier mandat. Mais beaucoup en doutent. Après la chute de Compaoré, la donne semble avoir changé en République démocratique du Congo (RDC). Selon Samy Badibanga, de l’UDPS, il est clair que « maintenant les populations n’ont plus envie de voir les chefs d’Etats se pérenniser au pouvoir ». Pourtant, le président Kabila pourrait choisir de faire « glisser » le calendrier électoral pour se maintenir à la tête du pays. Une solution moins risquée que la révision de la Constitution. « Cela pourrait constituer un plan B pour Joseph Kabila, explique Samy Badibanga, mais l’opposition et les Congolais resteront très vigilants. Et ce type de plateforme peut nous y aider. C’est important que les différents partis d’opposition se connaissent et échangent leurs expériences ». Le député Badibanga espère enfin que cette initiative de Paris permettra de « mener un lobbying efficace auprès des organisations internationales : Union africaine, Union européenne et Nations unies ».

« Accentuer la pression »

Même son de cloche pour Freddy Kita, également venu du Congo-Kinshasa. Secrétaire général de la Démocratie Chrétienne (DC), Freddy Kita milite également pour la libération de son président, Eugène Diomi Ndongala, qui est actuellement détenu à la prison centrale de Kinshasa depuis avril 2013. Un emprisonnement « politique » par la DC. Freddy Kita ne croit plus à une modification de la Constitution par Joseph Kabila, « trop risquée après les événements de Ouagadougou ». Mais il pense lui aussi au « glissement » du calendrier. « Nous avons appris que le président Kabila avait nommé un organisme pour procéder à un recensement qui pourrait prendre beaucoup de temps. C’est une tricherie de sa part. Mais nous ne nous laisserons pas faire. Nous allons accentuer la pression pour que monsieur Kabila parte et il partira ! ». A la manoeuvre, derrière l’organisation de cette plateforme, on trouve un autre congolais, le co-organisateur Gabriel Maindo, qui en appelle à la responsabilité politique des dirigeants africains, mais aussi des opposants : « Nous devons résister et affronter tous ceux qui ne veulent pas respecter l’ordre républicain, comme défini dans nos Constitutions ».

Comité de suivi

Un document commun a été signé par les participants de la première plateforme panafricaine des partis d’opposition. Dans cette « déclaration de Paris » (1), les signataires demandent « le respect des Constitutions en place et de la limitation des mandats des présidents, l’organisations d’élections libres, transparentes et crédibles ainsi que le respect scrupuleux du caractère républicain des armées nationales ». Les participants à la réunion de Paris ont prévu de se retrouver régulièrement. Un groupe de contact des oppositions africaines et un Comité de suivi ont été créés.

Christophe RIGAUD