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Un nouveau chaos à l’Est et une surprise en RDC

24/11/2014

Un nouveau chaos à l’Est et une surprise en RDC

RDC : Jusqu’où ira Honoré Ngbanda ?

Dans son dernier livre, l’ancien conseiller spécial de Mobutu fustige Joseph Kabila, « un pion du Rwanda » et craint toujours « la balkanisation du Congo ». Avec son mouvement, l’APARECO, il prédit « un nouveau chaos à l’Est » et « une surprise en RDC » comme en Tunisie ou au Burkina-Faso.

Détesté ou admiré, la personnalité controversée d’Honoré Ngbanda ne laisse jamais indifférent. Ancien responsable des services de sécurité, puis ministre de la Défense et conseiller spécial du Maréchal Mobutu, Honoré Ngbanda a été aux premières loges de tous les bouleversements de la région des Grands Lacs ces 30 dernières années. Une parfaite connaissance des dossiers qui font de lui le dépositaire des années Mobutu. Mais pour beaucoup, Honoré Ngbanda restera surtout l’homme des basses oeuvres du « Léopard du Zaïre ». Certains lui reprochent de ne jamais avoir levé le voile sur la gestion calamiteuse de Mobutu et notamment sur la brutalité et la répression du régime. « Terminator », le surnom d’Honoré Ngbanda, est fortement soupçonné d’avoir des responsabilités dans les massacres des étudiants de Lubumbashi en 1990, où dans les tueries des chrétiens pendant la Conférence nationale souveraine de 1992. Des allégations qu’il a toujours récusé. Sur internet, on l’accuse enfin d’être « le roi de l’intox » sur le régime de Joseph Kabila, sur lequel il s’acharne un peu trop… « une histoire de haine personnelle » dit-on. Faux répond Ngbanda dans son livre. Il explique que c’est plutôt contre Laurent-Désiré Kabila qu’il devrait s’en prendre, puisqu’il l’a renversé en 1997. Mais c’est Joseph Kabila qui constitue sa principale cible.

Dans son dernier ouvrage, « Stratégie du chaos et du mensonge, poker menteur en Afrique des Grands Lacs » (1), écrit avec Patrick Mbeko, Honoré Ngbanda accuse Joseph Kabila de ne pas être le fils du président Laurent-Désiré Kabila et d’être d’origine rwandaise. Des origines qui expliqueraient la politique menée par l’actuel président congolais. La thèse développée par Honoré Ngbanda est que Joseph Kabila n’est « qu’un pion », « un cheval de Troie » du Rwanda et de l’Ouganda voisin pour faire main-basse sur l’Est de la RDC et ses richesses. Le Rwanda et l’Ouganda veulent « balkaniser » l’Est du Congo pour Ngbanda : « Aujourd’hui, il y a plus de 35.000 soldats et policiers rwandais incorporés au sein de l’Armée et de la Police nationale congolaises ». L’ancien conseiller de Mobutu dénonce aussi le « grand jeu » des puissances occidentales et particulièrement des américains et des anglais. Honoré Ngbanda pense également que, si Joseph Kabila ne peut plus modifier la Constitution pour se maintenir au pouvoir, il créera « le chaos à l’Est ». Avec sa plate-forme politique, l’APARECO, Ngbanda affirme que ses hommes « opèrent dans l’ombre (…) ils sont partout, dans toutes les institutions du pays, ils évoluent dans les campus, les églises et les associations, ils forment notre 5ème colonne». Le président de l’APARECO estime enfin que la RDC pourrait voir son destin basculer à l’image des « printemps arabes » ou de celui de Ouagadougou avec le départ de Blaise Comparé. L’interview d’Honoré Ngbanda a été réalisée « à distance », puisque « pour des raisons de sécurité » le leader de l’APARECO refuse les rencontres avec les journalistes.

Afrikarabia – Pour expliquer la situation chaotique du Congo, vous remettez en cause la « congolité » de Joseph Kabila. Selon vous, le président Kabila ne serait pas le fils de Laurent-Désiré Kabila et serait également Rwandais. N’est-ce pas un peu réducteur et en quoi cela explique les 20 années de conflit en RD Congo ?

Honoré Ngbanda – Nulle part dans ce livre nous avons affirmé que «Joseph Kabila» était la cause principale de la situation chaotique du Congo. Loin s’en faut ! Je vous renvoie au 1er chapitre du livre qui traite justement des «origines du drame des Grands Lacs africains». Nous y démontrons avec preuves que ce sont les puissances occidentales, particulièrement anglo-saxonnes, qui ont planifié toutes les guerres des Grands Lacs depuis les années 1980. Nous y démontrons que toutes les guerres qui se sont déroulées en Ouganda (en 1985-1986), au Rwanda (1990-1994) et au Zaïre depuis 1996 jusqu’à ce jour, ont été toutes conçues, planifiées et soutenues par les puissances occidentales, les Etats-Unis d’Amérique en tête, avec les soutiens du Canada, de la Belgique et de la Grande-Bretagne. Mais ces pays occidentaux se sont servis des leaders africains comme leurs «nègres de service» pour exécuter leurs projets dans la région de Grands Lacs africains. Rappelez-vous cette déclaration du président Georges Bush senior qui a dit en 1990 que «le moment est venu pour les Etats-Unis d’imposer un nouvel ordre mondial ». Il fut suivi par son successeur, Bill Clinton qui proclama que les Etats-Unis allaient promouvoir un nouveau leadership en Afrique. Au même moment, des Secrétaires d’Etat américains déclaraient la guerre au monopole de la France en Afrique. Dans la structure mise en place, «Joseph Kabila» apparait comme un pion. Mais un pion très important et très stratégique. Nous le comparons au «Cheval de Troie» justement à cause de sa fausse identité congolaise qui fait de lui un agent d’infiltration qui a été propulsé au sommet des institutions de la RDC. Il a ainsi détruit et affaibli les structures de l’Etat congolais du dedans en faveur du processus de balkanisation.
Dans notre livre, nous avons cité les témoignages des officiers rwandais, notamment les généraux James Kabarebe, Laurent Nkundabatware et Bosco Ntaganda, qui s’étaient eux aussi déclarés congolais un certain moment, et qui ont tous reconnu publiquement que «Joseph Kabila» est un officier de l’armée rwandaise et qu’il a servi avec eux sous le drapeau rwandais. Son infiltration jusqu’au sommet des institutions de la RDC a été décidée et réalisée par les mêmes puissances et les mêmes lobbies qui ont éliminé LD Kabila parce qu’il a eu le malheur de découvrir -trop tard- le complot de l’occupation et de la balkanisation de la RDC et surtout, d’avoir tenté de s’y opposer. Comme vous voyez, «Kabila» et ses deux parrains, Kagame et Museveni, constituent le sommet de l’iceberg. Toutefois, ils font corps avec toute la partie immergée de l’iceberg qui menace de couler la RDC !

Afrikarabia – La deuxième thèse que vous développez dans votre ouvrage est celle du risque de Balkanisation de l’Est du Congo par deux de ses voisins : le Rwanda et l’Ouganda. Selon vous, il y a collusion entre ce que vous appelez « les 3 K » : Kabila, Kagame et Kaguta-Museveni ?

Honoré Ngbanda – Parler de collusion au sujet des trois hommes est un faible mot. Car Ils sont plutôt des complices, mieux, des «nègres de service». Autrement dit, des marionnettes dont se servent les multinationales et les puissances occidentales qui les ont repérés et recrutés pour déstabiliser les pays des Grands Lacs à partir des années 1990, après la chute du mur de Berlin fin 1989, en vue de permettre aux Etats-Unis d’avoir accès aux immenses réserves minières d’Afrique et particulièrement de la RDC. Remarquez que Museveni a été repéré et recruté par les services britanniques (MI5) depuis 1970 alors qu’il n’était qu’un simple fonctionnaire des services secrets ougandais, «General Service Unit» (GSU), sous Milton Obote. Quinze ans après, avec l’aide des militaires tutsis rwandais réfugiés en Ouganda, les mêmes services britanniques ont aidé la rébellion de Museveni (NRA) à prendre le pouvoir à Kampala en 1986. Une année après, sur recommandation de Londres, Museveni est reçu en grande pompe par le président Ronald Reagan à la Maison Blanche. C’est là que débuta sa préparation pour assumer le leadership en Afrique des Grands Lacs.
Quelques années après, c’est Museveni qui recommanda au président Bill Clinton Paul Kagame qui l’avait aidé à prendre le pouvoir en Ouganda. Celui-ci suivra aux Etats-Unis, à l’école militaire de Fort Leaven-wotrh au Kansas (fief de Bill Clinton), une rapide formation militaire dans le cadre du programme IMET (International Military Education Training). En accord avec Washington, Museveni interrompra cette formation et fera revenir d’urgence Kagame à Kampala en 1990 pour prendre la tête de la rébellion rwandaise (FPR) et renverser Habyarimana en 1994 dans les conditions que l’on sait. Et quand débuta l’étape de la grande conquête du Zaïre (aujourd’hui RDC) en 1996, Paul Kagame chargea à son tour le Colonel James Kabarebe, commandant des opérations, de préparer un jeune officier rwandais, Hyppolite Kanambe qui prendra frauduleusement le nom congolais de «Joseph Kabila». En 2001, après l’assassinat programmé de Laurent-Désiré Kabila, les mêmes puissances qui l’ont éliminé placeront l’officier rwandais «Joseph Kabila» avec une fausse identité congolaise à la tête de la RDC, pour poursuivre l’exécution du programme de pillage et de balkanisation de la RDC. Comme vous voyez, il y a plus qu’une simple collusion entre les 3 hommes. Ce sont des vrais complices. Je dirais même qu’il s’agit là plutôt d’une «association des malfaiteurs».

Afrikarabia – Vous dénoncez également le pillage des ressources naturelles dans les Kivus par les pays voisins et les grandes multinationales occidentales. La loi Dodd Frank de 2010 a pourtant renforcé la traçabilité des minerais en provenance de zones de conflit afin d’éviter le financement des groupes armés. Y-a-t-il eu des progrès sur cette question ?

Honoré Ngbanda – Il ne peut pas y avoir de progrès et il n’y en aura pas tant que la vraie problématique de cette crise congolaise n’aura pas été résolue, à la base, par le peuple congolais et toute son élite politique. Et c’est cela la thèse principale du livre. Il existe un problème de fond concernant l’état d’esprit des puissances occidentales vis-à-vis du statut juridique international de la RDC depuis sa création en 1885 en tant qu’Etat Indépendant du Congo (E.I.C.). Quand le roi des Belges, Léopold II, a entamé la conquête du Bassin du Congo dans les années 1870, il a rencontré une vive résistance de la part des autres puissances européennes de l’époque (notamment la France, l’Allemagne, l’Espagne et le Portugal…) qui estimaient qu’autant de richesses concentrées dans ce territoire ne pouvaient être laissées sous le seul contrôle de la petite Belgique. Alors le 23 avril 1884, tous les pays d’Europe de l’Ouest, plus les Etats-Unis d’Amérique et la Russie, ont signé l’Acte Général de Berlin qui octroyait à l’A.I.C créée par Léopold II, le statut d’Etat qu’ils ont appelé l’Etat Indépendant du Congo (E.I.C.). Mais cet Acte qui reconnaissait au roi Léopold II la propriété de l’E.I.C. était assorti d’une condition spéciale: c’est que l’E.I.C. devait être considéré par tous comme une «terra nullius», autrement dit, un territoire qui n’appartient à personne et où toutes les puissances signataires de l’Acte de Berlin avaient droit de circuler et d’exercer leur commerce librement ! Dès sa création donc, dans l’état d’esprit des pays occidentaux, la RDC était (et demeure encore) une «colonie de la Communauté internationale», une «propriété commune» des Etats signataires de l’Acte Général de Berlin. Dans leur esprit, le Congo n’appartient pas aux Congolais. Et c’est cette thèse-là qui a prévalu au lendemain de l’indépendance nominale du Congo en 1960, et malheureusement, elle continue encore de prévaloir aujourd’hui dans l’esprit des puissances occidentales qui ont signé le certificat de naissance de l’Etat Indépendant du Congo en 1885. Le pillage organisé des richesses de la RDC répond donc à cette logique-là. Il fait partie du programme bien élaboré par ceux qui dirigent aujourd’hui le monde. Le chaos politique qui a élu domicile au Congo fait donc partie de la stratégie bien réfléchie visant à fragiliser les structures de l’Etat congolais pour faciliter le pillage de ses ressources. Voilà pourquoi le chaos et le pillage se déroulent impunément en RDC sous les yeux de 20.000 casques bleus de l’ONU indifférents. Ne vous attendez donc pas à ce que les pyromanes se transforment d’eux-mêmes en pompiers pour éteindre l’incendie qu’ils ont délibérément allumé. Il appartient plutôt au peuple congolais et à son élite politique de stopper cette hypocrisie de la communauté internationale.

Afrikarabia – Plusieurs personnes présentées par Kinshasa comme appartenant au GALCD, un groupe proche de votre organisation, ont été récemment amnistiées. Ces personnes appartiennent-elles à votre mouvement ?

Honoré Ngbanda – C’est de l’affabulation pure et simple! Le mensonge fait partie intégrante de la méthode de gestion du pouvoir d’occupation en place à Kinshasa. Je suis le président d’une plate-forme politique connue par tous les Congolais et qui s’appelle APARECO (Alliance des Patriotes pour la Refondation du Congo). Et voilà que pour distraire le peuple congolais et détourner son attention des vraies personnes qui méritent l’amnistie, on lui présente une liste de gens «amnistiés» qui appartiendraient à un mouvement fantôme dénommé «GALCD» et que personne ne connait, prétendant que ces hommes «appartiennent à Honoré Ngbanda» (sic). Pourtant, moi-même je ne sais même pas jusqu’ici ce que signifie «GALCD». Et personne ne sait non plus où et quand ces prétendus membres du «GALCD» ont été arrêtés, jugés et condamnés. Personne ne sait si ces hommes existent réellement, parce que personne ne les a jamais vus! Et ce qui est très cynique dans cette mise en scène, c’est qu’au moment où « Kabila » accorde l’amnistie aux membres fantômes du GALCD, des dizaines de Congolais innocents moisissent en prison durant bientôt 15 ans, sous prétexte qu’ils ont participé à l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila. Pourtant, tout Congolais sait que le principal assassin de Laurent-Désiré Kabila est au sommet du pouvoir à Kinshasa !

Afrikarabia – L’APARECO est-il un mouvement insurrectionnel ?

Honoré Ngbanda – L’APARECO est une plate-forme politique qui rassemble des mouvements et des personnalités politiques qui sont engagés dans un combat de résistance contre l’occupation de la RDC. Aucun Congolais ne doute plus aujourd’hui que notre pays est occupé. Y compris les membres du Gouvernement qui le déclarent allègrement. Depuis 2001, le Rwanda a réussi à placer sa taupe, « Joseph Kabila », au sommet des institutions. Ce dernier y a entrepris un travail de sape et a réussi à infiltrer et à placer les Rwandais dans tous les postes clés du Gouvernement, du Parlement, des entreprises d’Etat, de l’Armée, de la Police, et des Services de sécurité civiles et militaires. Aujourd’hui, il y a plus de 35.000 soldats et policiers rwandais incorporés au sein de l’Armée et de la Police nationale congolaises. Ils occupent essentiellement l’Est de la RDC et les sites stratégiques de la capitale. Face à cette situation, l’APARECO se bat d’abord pour mobiliser les militaires et les policiers congolais autochtones, afin qu’ils stoppent ce processus d’occupation et garantissent l’intégrité du territoire national; l’APARECO se bat ensuite pour conscientiser toute la population congolaise afin qu’elle se soulève et se révolte contre le processus de balkanisation et de mise à mort de la République démocratique du Congo en tant qu’Etat.

Afrikarabia – Avez-vous des contacts avec d’autres groupes armés comme celui de Faustin Munene dont vous vous étiez rapproché ?

Honoré Ngbanda – L’APARECO est à la fois un mouvement politique et un organe de combat de la résistance congolaise. Si notre activité politique est publique, nous ne communiquons cependant jamais sur le volet du combat de résistance sur le terrain en RDC, car ce volet est clandestin. Nos hommes en RDC opèrent dans l’ombre. Mais ils sont partout et dans toutes les institutions du pays, ils évoluent dans les campus, les églises et les associations. Ils forment notre «5e colonne» qui grandit chaque jour à travers tout le territoire national. Nous sommes donc en contact avec tous les Congolais qui résistent et qui luttent pour stopper le processus d’occupation et de pillage qui vise la mise à mort de la RDC en tant qu’Etat. Il existe à l’intérieur du pays beaucoup de groupes de patriotes que le monde ignore, mais qui créeront la surprise demain, comme en Tunisie, en Egypte et au Burkina Faso, où le monde n’a rien vu venir ! La RDC risque d’être demain une surprise au-delà de tout ce qu’on a connu jusqu’ici. Tenez-vous le pour dit !

Afrikarabia – Votre mouvement souhaite le départ de Joseph Kabila. Quelle crédibilité pouvez-vous représenter en RDC, alors que vous avez servi le régime de Mobutu qui n’était pas des plus démocratiques, ni des moins autoritaires ?

Honoré Ngbanda – Vous n’y êtes pas du tout ! Le problème de la RDC aujourd’hui n’est pas celui de la démocratie ni de l’autoritarisme. Le dictateur Mobutu a laissé un Congo souverain, stable et uni. Aujourd’hui, plus de 2 millions d’autochtones congolais sont violemment chassés des terres de leurs ancêtres et vivent, les uns sous les tentes de l’ONU et des ONG comme des réfugiés et les autres dans la brousse. Pendant ce temps, leurs terres et maisons sont occupées par des populations allochtones en provenance du Rwanda. Les rapports de l’ONU et des ONG l’attestent.
Durant les 32 ans de la dictature de Mobutu, on n’a jamais enregistré un seul cas de génocide des Congolais, alors qu’aujourd’hui, nous déplorons plus de 10 millions de morts et plus de 1000 cas de viol par jour ! Ne confondons donc pas les vrais problèmes et ne créons pas d’amalgame. Aujourd’hui, la RDC est occupée et menacée de disparition. Il ne faut donc pas déplacer le problème. C’est justement cette méthode de diversion que nous dénonçons dans notre livre : on crée le chaos pour favoriser le pillage et l’occupation, et on détourne ensuite l’attention des Congolais par des discours dilatoires de démocratie. A ce sujet, les Français nous servent d’exemple: dans leur histoire, toutes les années du pouvoir de Vichy durant lesquelles leur pays était sous l’occupation des Nazis, la République (donc la démocratie) a été carrément mise entre parenthèse. C’est dire !

Afrikarabia – Après le renversement de Blaise Compaoré au Burkina-Faso, beaucoup pensent que Joseph Kabila ne prendra pas le risque de modifier la Constitution pour se maintenir au pouvoir au-delà de 2016. Quelle pourrait être la stratégie du président Kabila pour rester dans son fauteuil ?

Honoré Ngbanda – Nous l’avons déjà dénoncé sur le site de l’APARECO. Après ce qui s’est passé au Burkina Faso, Hyppolite Kanambe alias Joseph Kabila a compris qu’il ne pouvait plus opérer un passage en force en modifiant la constitution en vue de se maintenir au pouvoir. Il vient même d’interdire à sa prétendue majorité de ne plus engager ce débat dans les médias publics congolais. C’est la preuve qu’il craint une forte réaction du peuple congolais. Mais l’homme et ses parrains n’ont pas renoncé au projet de le maintenir au pouvoir. Ses stratèges politiques lui ont conseillé de plancher dorénavant sur le processus électoral lui-même, en misant sur la prolongation de ce processus. Il compte donc sur la complicité de l’abbé Malu Malu qui pilote la CENI, pour s’appuyer sur les opérations de recensement des Congolais qui constitue l’un des préalables à l’organisation des élections. Or, de sources sûres, nous avons des informations qu’avec la complicité du Rwanda et de l’Ouganda, l’Est de la RDC sera très bientôt en proie au chaos, dans le but de justifier le report sine die de l’organisation du recensement et ainsi, de l’organisation des élections en 2016. Tout chemin mène à Rome! «Joseph Kabila» entend donc créer, une fois de plus, le chaos à l’Est de la RDC et dans les grandes villes, dont Kinshasa, pour recourir à un énième dialogue national avec «l’opposition», afin de mettre sur pied un autre gouvernement de transition, un de plus, alors que celui de «cohésion nationale» qu’il a promis aux Congolais depuis octobre 2013 à l’issu du fameux « dialogue national» n’a jamais été constitué. C’est le mensonge qui constitue sa méthode de gestion.

Propos recueillis par Christophe RIGAUD – Afrikarabia

(1) « Stratégie du chaos et du mensonge, poker menteur en Afrique des Grands Lacs » – Patrick Mbeko – Honoré Ngbanda – Editions de l’Erablière – 30 euros