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Accompagné à l'exil sous escorte de blindés de l'ONU, Bemba n'envisage pas de retour sans garantie pour sa sécurité

11/06/2007

Un retour prochain à Kinshasa du chef de l'opposition de la République démocratique du Congo Jean-Pierre Bemba, en exil sanitaire au Portugal depuis la mi-avril, paraît de plus en plus improbable à trois jours de l'expiration de son autorisation de sortie de RDC.

En quittant Kinshasa, sous escorte de blindés de l'ONU dans la nuit du 10 au 11 avril, trois semaines après des combats sanglants entre sa garde rapprochée et l'armée régulière, l'ancien vice-président Bemba avait assuré qu'il ne partait que "quelques semaines" pour faire soigner une vieille fracture à une jambe dans une clinique de Lisbonne.

Mais alors que son autorisation officielle de sortie du territoire expire dans trois jours, le sénateur Bemba, adversaire malheureux de Joseph Kabila à la présidentielle d'octobre 2006, ne semble pas prêt de regagner son pays.

"La situation est bloquée. Il n'y a aucun dialogue entre les parties. Bemba veut des garanties de sécurité et le camp Kabila n'est pas pas prêt à la moindre concession", affirme un observateur occidental ayant requis l'anonymat.

Le président de l'ex-rébellion du Mouvement de libération du Congo (MLC) s'était réfugié le 22 mars dans une résidence de l'ambassade d'Afrique du Sud à Kinshasa, au premier jour des affrontements entre sa garde rapprochée et l'armée.

Elu sénateur en janvier, M. Bemba avait refusé de voir les soldats affectés à sa garde du temps où il était vice-président d'un gouvernement de transition (2003-2006) intégrer les rangs de l'armée régulière, estimant que sa sécurité n'était pas garantie.

Les combats à l'arme lourde au coeur de la capitale avaient fait entre 200 et 500 morts, selon des sources diplomatiques, et les troupes fidèles à l'ex-chef rebelle avaient été totalement défaites.

M. Bemba avait pu quitter la RDC après avoir obtenu du Sénat une autorisation de sortie du territoire "pour raisons médicales" de 60 jours, qui expire le 11 juin.

A partir de cette date, ses absences à la Chambre haute seront comptées et, selon le règlement intérieur du Sénat, il perdra automatiquement son mandat en cas d'absence non justifiée à plus d'un quart des séances d'une session plénière.

Mais, selon son entourage, "il n'a toujours pas de garantie de protection alors que selon l'accord du 29 octobre (passé entre les deux présidentiables le jour même du vote) prévoyait que le gagnant s'engageait à assurer une +sécurité rapprochée+ au perdant".

Le MLC devrait s'exprimer officiellement dans "quelques jours". M. Bemba se refuse pour le moment à toute déclaration.

Dans le camp Kabila, le ton est clair: "Qu'il rentre si il veut. Il aura droit aux 12 policiers prévus par le décret présidentiel (de novembre 2006) pour chacun des anciens vice-présidents", affirme un conseiller.

Pour un autre observateur, "le retour de Bemba n'arrange personne. Il est difficile de savoir s'il veut réellement lui-même rentrer, alors que la justice a demandé (en avril) la levée de son immunité parlementaire".

Contacté par l'AFP, le procureur général Tshimanga Mukeba réaffirme que "si les immunités de M. Bemba, accusé notamment d'atteinte à la sûreté de l'Etat, sont levées comme nous l'avons demandé, il sera poursuivi devant la Cour suprême de justice".

Si son exil sanitaire devenait officiellement politique, se poserait la question de l'avenir d'une opposition parlementaire décapitée et déjà très divisée, estime un analyste politique.

Au delà, c'est le devenir de la transition démocratique en RDC qui sera en question, selon cette source qui s'interroge sur la position que prendra la communauté internationale qui "a investi plus de 500 millions de dollars dans les élections" de 2006 et s'est engagée à "accompagner la reconstruction du pays" ravagé par près de cinq ans de guerre (1998-2003).

AFP - MONUC