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La RD Congo infiltrée !

11/06/2007

Quatorze fonctionnaires de l’Agence nationale des renseignements (ANR) et de la Direction générale des migrations (DGM) en poste à Goma, province du Nord Kivu, passent depuis belle lurette - le plus tranquillement du monde – la nuit à Gisenyi et à Ruhengeri. Deux villes rwandaises où se trouvent, manifestement, leur domicile respectif. C’est un cas sans précédent dans l’histoire des « services » du Congo-Zaïre, un pays qui est officiellement en guerre avec le Rwanda de Paul Kagame. C’est le « Comité provincial de sécurité » qui a révélé cette bizarrerie à l’issue d’une de ses récentes réunions. Cette affaire est extrêmement grave parce qu’elle met à nu le délitement de l’Etat. L’impuissance des pouvoirs publics. Cette affaire pourrait, en effet, avoir des conséquences fâcheuses et fort dommageables – si ce n’est déjà le cas - au niveau de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire ainsi que de la bonne marche des institutions de la RD Congo en général et celles des provinces du Kivu en particulier.

A quelque chose malheur est bon, dit-on. Cette révélation vient apporter un début de preuve à la thèse contestée jusqu’ici à savoir que le Congo-Kinshasa est infiltré par des agents subversifs au service de certains Etats voisins. Des Etats voisins qui ont prétendu et continuent à prétendre, à travers des hommes-liges placés au sommet du pouvoir à Kinshasa, d’avoir « libéré » les ex-Zaïrois. Les masques commencent donc à tomber. Ce n’est qu’un début. Le plus choquant dans l’histoire c’est que la situation décriée perdure depuis la « libération ».

Selon des bonnes sources à Goma, les personnes concernées seraient de citoyens rwandais, nommés à ces postes par l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) avant d’y être confirmés, en 1998, par le RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie), l’ex-mouvement rebelle - créé par les autorités de Kigali selon le même modus operandi que l’AFDL - lequel avait établi son fief dans les deux Kivu avec Goma pour « capitale ».

Officiellement, le RCD a cessé d’exercer son emprise sur le Nord-Kivu à partir du 30 juin 2003. La réalité est toute autre. On ne peut, dès lors, qu’être surpris d’apprendre que le Comité provincial de sécurité, par la bouche du vice-gouverneur du Nord-Kivu, Feller Lutaichirwa, a invité les fonctionnaires concernés à habiter « à l’intérieur des frontières nationales ». Pire encore, les « agents fautifs » ont été suspendus. Les responsables de l’ANR et de la DGM ont déclaré sans rire que ceux-ci seront rétablis, sans autre forme de procès, dans leurs fonctions, « à condition qu’ils trouvent une résidence en RDC ».

Questions :

Dans quel Etat vit-on ? Les Congolais seraient-ils les citoyens d’un pays de demeurés ? Le Nord-Kivu serait-elle encore une province Congolaise? Si la réponse est oui, ne fallait-il pas commencer par ouvrir une enquête serrée sur une affaire qui présente tous les contours d’un cas d’espionnage ? Ne fallait-il pas déterminer les responsabilités et révoquer, le cas échéant, non seulement les fautifs - dont la loyauté est désormais sujet à caution mais aussi leurs chefs hiérarchiques ayant fait preuve d’irresponsabilité inqualifiable? Cette affaire ne mérite-t-elle pas la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire ? Pourquoi le Parlement tarde-t-il à s’en saisir ? Joseph Kabila dont le bras droit, le « général » John Numbi , ne cesse de faire des aller et retour entre Kinshasa et Goma, pouvait-il franchement ignorer cette réalité scandaleuse? A-t-il laissé faire de peur d’effaroucher l’ex-parrain rwandais ?

Il est désormais inutile de rechercher ailleurs les causes profondes de l’instabilité politico-militaire qui secoue les fondements de l’Etat congolais depuis une décennie. Les ennemis du Congo se trouvent à l’intérieur du pays. Ils sont présents dans les institutions. Ils sont occupés à saper les fondements de la «Maison Congo» avec la complicité des dirigeants en place.

Le 16 janvier 2001, c’est un agent des services secrets ougandais qui avait annoncé, le premier, le décès de Laurent-Désiré Kabila. «Je suis sûr à 150%», déclarait-il sous l’anonymat. Preuve s’il en était besoin que la RD Congo est infiltrée tant au sommet qu’à la base du pouvoir d’Etat. Mettre fin à l’occupation insidieuse du pays devient un devoir citoyen. Le Congo sera libéré et sauvé par les Congolais eux-mêmes ou ne le sera pas...

B. Amba Wetshi