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Jean-Pierre Bemba désormais en exil doré

13/06/2007

Challenger malheureux du second tour du scrutin présidentiel, élu sénateur mais n’ayant jamais mis les pieds dans l’hémicycle sénatorial, leader autoproclamé de l’Opposition « forte et républicaine », sorti du pays en catastrophe quasi inaperçu pour des raisons de santé à l’extérieur avec l’autorisation du bureau provisoire du Sénat de 60 jours francs venus à expiration ce lundi dernier 11 juin, Jean-Pierre Bemba se trouve pris dans un drôle de dilemme : le retour hypothétique ou l’exil doré au Portugal. Ses absences prolongées et calculées selon le Règlement intérieur du Sénat entraîneront l’invalidation de son mandat. Son cas a eu les honneurs de presque tous les quotidiens paraissant à Kinshasa de ce lundi 11 juin. La Direction politique de son parti MLC a diffusé dans la presse ce même lundi, un communiqué à la suite d’une réunion de concertation tenue le week-end, aux termes duquel ses collaborateurs restés à Kinshasa préconisent la possibilité de recourir à une solution politique afin de lui permettre de regagner le pays et siéger au Sénat. Ils vont jusqu’à solliciter l’indulgence du chef de l’Etat mais qui, d’ailleurs, se trouvant en visite éclair dernièrement à Brazzaville où la presse lui avait posé la question à ce propos, avait répondu que le retour de JP Bemba dépendait du président du Sénat Léon Kengo wa Dondo.

Comment et pourquoi le retour du sénateur JP Bemba devient un problème compliqué ? Comment et pourquoi en est-on arrivé là ? Rétabli depuis longtemps, pourquoi n’avait-il pas songé à revenir au pays avant l’expiration de 60 jours de l’autorisation dont il était muni ? Pourquoi ses lieutenants qui demeurent à Kinshasa n’avaient-ils pas entrepris les démarches pour son retour avant le terme de son autorisation ? Pourquoi l’intéressé lui-même ne fait pas signe de vie ? Toutes ces questions ne peuvent cesser de venir à l’esprit de tout observateur curieux. Comme tous les ex-belligérants convertis en politiciens par les hasards de la guerre, JP Bemba tirait sa force et son prestige de son potentiel militaire. Après les tribulations subies à plusieurs reprises lors des deux tours du scrutin présidentiel et qui n’auraient pas manqué de l’affliger, dont les derniers épisodes non moins dramatiques du 22 au 23 mars de cette année, il ne disposait plus de l’intégrité de ce potentiel militaire. Qui plus est, il s’était arrangé de son plein gré avec la Monuc pour se faire dépouiller de tout son stock d’armement entreposé à Gbadolité.

Après les affrontements tragiques du 22 au 23 mars, ses bataillons de soldats se sont dispersés. Les uns ont rallié les FARDC, les autres ont disparu dans la nature avec armes et bagages. A son départ de Kinshasa pour le Portugal dans des conditions dont nul a été témoin oculaire pour les décrire de façon plus ou moins adéquate, il n’était plus qu’un homme politique comme tous les autres, mais plein de chagrin et de ressentiment. Rétabli et conscient du délai de son autorisation, il ne s’est pas soucié de rentrer au pays, ni d’avertir le Sénat d’un empêchement quelconque qui le retiendrait encore à l’étranger, de telle sorte que l’autorisation soit reconduite. La Direction politique du MLC à Kinshasa n’a pas non plus envisagé cet aspect du problème. C’est quand le délai a pratiquement expiré qu’on s’est réveillé en sursaut. Comment le bureau du Sénat lui-même, dont le président est un ancien procureur général de la République – versé dans la maîtrise et l’interprétation des textes – ne pouvait-il pas s’inquiéter du cas du sénateur JP bemba qui risquait de perdre son mandat ?

Lui en coûtait-il de s’enquérir de lui soit directement par téléphone, soit auprès de ses proches collaborateurs sénateurs et députés qui sont à Kinshasa, censés être régulièrement en contact avec lui ? Comment une chambre du Parlement – la Haute de surcroît – ne peut avoir la présence d’esprit pour s’intéresser à son membre qui risque de tomber sous le coup du point 6 de l’article 110 de la Constitution, à compter de l’expiration de l’autorisation qu’elle lui avait accordée ? L’absence non justifiée et non autorisée à plus d’un quart des séances d’une session. Ce calcul court à partir du lundi 11 juin. A quelle autre conclusion peut conduire toute cette analyse des faits si ce n’est en déduire que le sénateur JP Bemba semble être lui-même l’artisan conscient et consentant de cette situation qu’il aurait méditée au départ du pays et trouvée à sa convenance pour des raisons qui lui sont propres. Une série des hauts et des bas des coulisses politiques l’astreignent ainsi à un exil doré. Il est pénible pour un leader arrivé au faite des honneurs, de se sentir encore à l’aise quand il a perdu l’éclat de son prestige et de sa force de dissuasion.

Au cours de sa toute dernière rencontre avec la presse peu avant les événements du 22 au 23 mars, JP Bemba avait révélé qu’on avait déjà attenté à sa vie à quatre reprises, rien qu’en l’espace de deux tours du scrutin présidentiel. Il en avait réchappé grâce à la puissance de feu du bataillon de soldats de sa garde rapprochée. Il en restait traumatisé jusqu’au tréfonds de son être. Chat échaudé craint l’eau froide. N’ayant plus à sa portée son potentiel militaire, estimerait-il ses jours strictement comptés s’il revenait au pays ? Surtout qu’il n’aurait droit qu’à une dizaine de policiers pour sa sécurité comme l’a insinué il y a quelques heures, un politicien de l’Alliance pour la majorité présidentielle sur un ton ironique et narquois. Envahi par des doutes et des craintes, des frustrations et de chagrin, il aurait résolu de s’exiler sans le manifester clairement et publiquement. Il a laissé son autorisation arriver à échéance afin que la conséquence en soit naturellement tirée à terme. Le mandat parlementaire est individuel et non collectif. Les lieutenants de JP Bemba qui préconisent une solution politique, ont-ils reçu de lui mission d’entreprendre cette démarche, car c’est l’intéressé qui devrait manifester sa position ? Rien ne prouve qu’il tient à rentrer siéger au Sénat.

Jean N’Saka wa N’Saka, Journaliste indépendant